D'après le dictionnaire, "lobby" signifie "groupe de pression". Ces deux mots sont employés pour désigner:
"Un ensemble de personnes ayant des intérêts communs et qui exercent une pression sur les organismes de décision"
Il est intéressant d'examiner cette définition. Par exemple, un syndicat correspond parfaitement à la définition du "lobby" et l'activité syndicale est jugée légitime dans tous les états de droit. Elle apparaît même comme un contrepoids indispensable au pouvoir du patronat et de l'Etat. Sont également des "lobbies" la plupart des associations, et à nouveau tous les états de droit les considèrent indispensables. En principe, un parti politique ne peut être considéré comme un "lobby" que s'il se donne pour mission de défendre des intérêts autres que l'intérêt général... mais comment distinguer entre l'intérêt général et les intérêts particuliers déguisés en intérêt général? De même, un groupement philosophique, religieux ou créé sur des bases éthiques n'est pas censé servir des intérêts particuliers... mais comment éviter les dérapages? Enfin, une collaboration scientifique n'est pas un "lobby" si l'on s'en tient à la définition de ses objectifs... mais elle le devient lorsque les intérèts de la communauté humaine basée autour de l'activité scientifique (les chercheurs, les techniciens, les "chefs" et personnels des administrations, leurs familles...) influencent le comportement professionnel de ses membres.
C'est un fait que, depuis deux décennies, de nombreux cris
d'alerte ont été lancés
sur le rôle croissant de groupes
et réseaux d'influence dans notre société et dans nos
institutions. Deux phénomènes caractérisent ces
dysfonctionnements:
- La transformation des groupes en "lobbies" de fait.
- La transformation des "lobbies" en groupes ou réseaux d'influence.
A ce stade, les droits des citoyens sont clairement atteints car l'individu qui choisit de préserver son autonomie se trouve confronté à un combat inégal dans la vie quotidienne et il devient de plus en plus difficile de faire prévaloir le droit ou la raison. La hiérarchie du mérite est alors remplacée par celle de l'influence, les "larges consensus" remplacent l'évaluation circonstanciée. Les fondements de la société sont mis en cause, l'information à laquelle nous avons tous droit cesse de circuler, la liberté nous est enlevée. Dans le cas des sciences et des technologies, le danger concerne non seulement l'utilisation des deniers publics, mais aussi et avant tout le progrès des idées scientifiques et l'usage qui sera fait des avancées dans ce domaine.